RDC : une réforme du Code de procédure militaire ouvre la voie au jugement des hauts gradés des FARDC
Les Autorités congolaises ont franchi une étape majeure dans la réforme de la justice militaire. Le Gouvernement a adopté un projet de loi modifiant le Code de procédure militaire, une initiative destinée à lever les obstacles juridiques au jugement des hauts officiers des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), en particulier les généraux de trois et quatre étoiles impliqués dans plusieurs dossiers sensibles.
Une impasse liée à la hiérarchie militaire
Dans le système judiciaire militaire congolais, la loi exige que les magistrats appelés à juger un officier soient d’un grade égal ou supérieur à celui du prévenu. Cette règle, fondée sur le respect de la hiérarchie militaire, a cependant montré ses limites face à certains dossiers impliquant des officiers de très haut rang.
Le cas du Général d’armée Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major général des FARDC, a mis en lumière cette difficulté. Ni la Haute Cour militaire ni l’Auditorat général ne disposent aisément d’officiers plus gradés ou plus anciens pour constituer un siège régulier, rendant ainsi toute procédure judiciaire particulièrement complexe.
Une réforme pour lever le blocage
Afin de résoudre cette impasse institutionnelle, le Ministre de la Justice a soumis, vendredi dernier, au Conseil des ministres, un projet de loi portant modification du Code de procédure militaire. Le texte a été adopté, ouvrant la voie à une nouvelle organisation des juridictions militaires dans des situations exceptionnelles.
La réforme introduit une dérogation ciblée : lorsqu’il est matériellement impossible de constituer une juridiction composée de magistrats militaires plus gradés ou plus anciens que le prévenu, celui-ci pourra désormais être jugé par des magistrats d’un grade inférieur, à condition qu’ils appartiennent à la même catégorie.
Extension aux magistrats du ministère public
Cette dérogation ne concerne pas uniquement les juges du siège. Le texte prévoit également que les officiers du ministère public appelés à requérir lors des audiences puissent, eux aussi, être d’un grade inférieur dans les mêmes conditions exceptionnelles. Une mesure jugée nécessaire pour assurer la cohérence et le fonctionnement effectif des procédures judiciaires.
Vers une justice militaire plus effective
Pour les observateurs, cette réforme marque une volonté claire des autorités de renforcer l’effectivité de la justice militaire, en mettant fin à des blocages liés au seul statut hiérarchique des prévenus. Elle pourrait permettre l’ouverture ou la poursuite de procès longtemps retardés, notamment dans des affaires touchant à la gouvernance, à la discipline et à la responsabilité au sein des FARDC.
En attendant son adoption définitive par le Parlement et sa promulgation, cette modification du Code de procédure militaire apparaît comme un signal fort en faveur de la redevabilité des hauts responsables militaires, dans un contexte où la lutte contre l’impunité demeure un enjeu majeur pour l’État congolais.
Raphaël Ngoma

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